Rencontre du 7e art : le cinéma des fiertés

Quoi de mieux pour cette édition de juin que de célébrer le mois des fiertés… avec des films ? Pour cette nouvelle chronique culturelle, j’ai essayé de vous concocter une petite watchlist originale et variée, avec un panel de longs-métrages plus large possible en termes de genres cinématographiques, de propos, de cultures. En espérant que vous y trouviez votre bonheur !
 

 
PARIS IS BURNING
Jennie Livingston, 1991

On attaque cette chronique avec un documentaire absolument majeur et nécessaire. Tourné dans la deuxième moitié des années 1980, Paris is burning nous plonge en immersion dans la contre-culture LGBTQIA+ des banlieues new-yorkaises. La mise en scène laisse toute la place aux témoignages des personnes concernées, queers, trans, gays, qui ont alors tout le loisir de parler avec passion des compétitions de bal drags, de l’art du voguing, ou encore de l’organisation de la communauté en maisons concurrentes. Les intervenant·es évoquent également leurs préoccupations liées à l’épidémie de sida qui frappe le pays, à la transphobie et à l’homophobie toujours plus violentes, ou encore au rejet familial dont ils·elles sont bien trop souvent victimes. L’intersectionnalité des luttes est omniprésente tout au long du documentaire, un nombre important de participant·es aux bals devant également faire face aux attaques racistes et à la pauvreté. Malgré ces aspects plus sombres, le film se veut porteur d’espoir, présentant une communauté unie et solidaire dans la difficulté, répondant avec fierté aux attaques de la société par la danse, la fête, et l’humour. Et finalement, c’est peut-être là que réside toute la puissance de ce documentaire. Car bien au-delà du caractère purement informatif et culturel de l’œuvre, on s’attache profondément à chacun de ces individus qui ont fait l’histoire de la communauté LGBTQIA+, vibrant à chaque événement de leur vie que l’on suit sur plusieurs années, tantôt dans les rires, tantôt dans les larmes.
 
 
BUT I’M A CHEERLEADER
Jamie Rabbit, 1999

Celui-ci est un grand classique, je ne m’attarderai donc pas trop dessus (la vérité c’est que je l’ai vu il y a assez longtemps et que je ne l’ai plus totalement en tête, mais ça ne fait pas très sérieux…). But I’m a cheerleader est une comédie satirique fraîche, fun, et haute en couleurs ! On y suit Megan, lycéenne américaine un peu confuse sur ses sentiments, mais qui s’évertue à coller au cliché de la pom-pom girl studieuse, sage, parfaite. Tout va basculer le jour où ses parents, inquiets que leur fille n’ait pas embrassé de garçon à son âge, mais vous vous rendez compte elle est au lycée quand même !!, la place par mesure de précaution dans un camp de conversion. Entourée de filles lesbiennes, d’un intervenants ex-gay repenti (campé par un certain RuPaul), ou encore d’ex nouveaux ex patients ex-ex-gays, la naïve Megan va découvrir tout un monde d’homosexualité et apprendre à explorer et accepter sa propre identité. En quelques mots : c’est drôle, dynamique, avec une esthétique un peu kitsch qui fonctionne à merveille, et des personnages à la fois exaspérants et attachants. Si vous ne l’avez jamais vu, foncez !!
 
 
BARA NO SŌRETSU
Toshio Matsumoto, 1969

D’une comédie pop et colorée, on passe à… Un film magnifiquement expérimental en noir et blanc. A mi-chemin entre une fiction et un documentaire, cette œuvre singulière nous invite à découvrir la contre-culture queer et hippie japonaise de la fin des années 1960, visiblement bien inspirée par la révolution du flower power américain comme en témoigne les grands posters des Beatles exposés dans le décor et dont je suis légèrement jaloux, et n’hésite pas à explorer des questions liées à l’identité, à l’être et au paraître. En particulier, Les Funérailles des roses comme il se nomme en VF suit la vie de Eddie, gay et travesti·e, et de son entourage queer dans un récit librement inspiré d’une certaine tragédie grecque… Toute la richesse et l’originalité de cette pièce majeure du cinéma japonais se retrouvent dans la narration non-linéaire n’hésitant pas à montrer une même scène plusieurs fois sous différents points de vue, et dans le montage foisonnant de créativité avec ses images accélérées et ses plans étonnamment intriqués. La légende raconte d’ailleurs que Stanley Kubrick s’en serait inspiré pour le montage de son Orange mécanique. Le réalisateur, Toshio Matsumoto, s’amuse également avec les notions de fiction et de réalité, en n’hésitant pas à incorporer tout au long de la pellicule des interviews réelles de personnes LGBTQIA+, et même des images du tournage de son propre film. En bref, si vous souhaitez célébrer ce mois des fiertés avec une œuvre expérimentale, créative et marquante, n’attendez plus !
 
 
LA MALA EDUCACIÓN
Pedro Almodóvar, 2004

TW : abus sexuels.

Ce film aurait tout à fait trouvé sa place dans la chronique du mois précédent. Il met en scène les retrouvailles dans les années 1980 entre Enrique, réalisateur espagnol en manque d’inspiration, et Ignacio, son premier amour perdu de vue depuis plus de 15 ans, comédien et scénariste à ses heures perdues. Ignacio soumet à Enrique un scénario contant leur enfance et leur découverte de l’homosexualité dans une école catholique conservatrice dirigée par le dangereux père Manolo…

Difficile de ne pas vous parler de Almodóvar dans cette chronique tant il s’évertue, depuis maintenant près de 50 ans, à porter à l’écran des personnages lesbiens, gays, queers, travestis, mais aussi des prostituées, des junkies ou encore des mères célibataires, aux personnalités complexes et aux histoires variées, le tout tantôt dans des comédies, des drames, ou des thrillers. Dans La mala educación, il se réapproprie les codes du thriller classique pour proposer un « Hitchcock gay » (que l’on retrouve jusque dans la bande-originale aux accents parfois Hermanniens !!), transformant ainsi un genre et une esthétique où la sexualité hétéronormative est habituellement omniprésente en un film noir où l’homosexualité des personnages est à la base même du récit. En balayant plusieurs époque, le réalisateur et scénariste en profite également pour dénoncer le conservatisme politique et religieux de l’Espagne franquiste dans laquelle il a grandi, et aborde de façon assez frontale la question des abus sexuels. Et si vous n’êtes toujours pas convaincu·e, j’ajouterais que vous pourrez, comme toujours chez Almodóvar, apprécier l’esthétique très colorée et vive, les nombreux hommages à la culture espagnole et à sa musique, et le montage parfois un peu kitsch devenu sa marque de fabrique.
 
 
DIAMANTINO
Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, 2018

Et on termine cette chronique dans la joie et la bonne humeur avec un film portugais complètement DÉJANTÉ (et assez d’actualité !!). Vous connaissez Ronaldo, le joueur de foot ? Imaginez maintenant qu’il adopte un petit garçon réfugié, qui est en fait une agente des services secrets portugais chargée d’enquêter sur ses détournements de fonds - mais ça il est trop naïf pour s’en rendre compte. Imaginez aussi que ses sœurs l’inscrivent à un soi-disant programme médical censé lui faire retrouver ses talents perdus de footballeur, qui est en réalité un programme de clonage génétique développé par un parti d’extrême droite ultra-nationaliste à des fins politiques - mais ça il est trop naïf pour s’en rendre compte. Imaginez enfin qu’il a tout du parfait stéréotype du sportif hétéro, et qu’en réalité il ne l’est peut-être pas vraiment – mais ça… Mélangeant espionnage, foot et science-fiction sur fond de crise politique européenne, ce film est un véritable petit ovni pop, euphorique, délirant, et bien sûr profondément queer. Un de mes gros coups de cœur récents !!
Ah, et j’oubliais : il y a des petits chiens poilus géants.

Bien d’autres films auraient pu faire partie de cette liste, à commencer par toute la filmographie de Céline Sciamma et la simplicité déconcertante avec laquelle elle représente des amours lesbiens complexes (Portrait d’une jeune fille en feu en 2019, Tomboy en 2011, Naissance des pieuvres en 2007), mais aussi le très juste Sobakasu (Shinya Tamada, 2022) mettant en scène une femme aromantique asexuelle dans un Japon encore trop traditionnaliste, l’outrancier Nowhere (Gregg Araki, 1997) et son Los Angeles fictif punk où la sexualité est omniprésente sous toutes ses formes… Mais cet article serait beaucoup trop long, et je l’aurais rendu bien plus en retard que je ne le fais déjà. Je m’arrête donc ici. En attendant profitez bien de votre vie comme bon vous semble, regardez des films si l’envie vous en dit, et à dans deux mois !

 

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