Gloire, Amour et Bavardage
Par Rita O'Hara le mardi 14 février 2023, 18:00 - N°153 - Février 2023 - Lien permanent

Chaque 14 février, il ne fallait pas manquer l'habituel bal des couples organisés par l'établissement. Évidemment, cela donnait lieu à des échanges de cadeaux (niais), des baisers (super niais) et des promesses farfelues (plus niais tu meurs). Mais la partie intéressante, c'était la course à la popularité qui en découlait. Et ça, on peut dire que cela intéressait énormément la rousse Charlie.
Dans une ville régie par le mérite et la popularité, la fête était primordiale. Encore fallait-il trouver sa moitié. Ou sa moitié temporaire, tout bien examiné, ce qui convenait beaucoup plus à la jeune fille. Elle avait donc entreprit de démarcher tous les garçons qu'elle connaissait (plus ou moins en couple, ce n'était qu'un détail).
Ça n'avait pas si bien marché, probablement à cause du fait que les garçons étaient apparemment fidèles (mais quelle plaie !) et inachetables (à croire que les défauts humains avaient disparus).
Charlie se retrouva ainsi dans un coin de la bibliothèque un 13 février, évidemment un vendredi. Assise entre les rayonnages, elle pensa à diverses techniques peut recommandables pour enfin pourvoir participer au bal, dont la séquestration, la torture, le chantage et le contrôle mental. Elle entendit soudain une voix s'élever sur sa gauche, du rayon des bouquins de cuisine.
— Tu as le droit d'avoir une imagination très visuelle, mais arrête de transmettre ce genre de pensée, espèce de psychopathe !
Interloquée, la rousse se précipita vers la voix, qui continuait de rouspéter derrière les rayons.
— Qui est le plus psychopathe de nous deux? Moi ou l'andouille qui lit dans la tête ?
Folle de rage, Charlie vociférait, au mépris du panneau à lettres dorées commun à toutes les bibliothèques "silence". L'adolescent brun dégingandé qui se tenait face à elle la toisa d'un aire moqueur, avant d'ajouter :
— Je ne lis pas dans ta tête, mais plutôt dans les livres. Par contre, je vois dedans, alors arrête un peu de penser à des étranglements !
Il avala soudain de travers, regardant autour de lui en quête d'une porte de sortie. Probablement à cause des pensées de la rousse à son égard, qui semblait revisiter le manuel du petit bourreau qu'elle avait lu il y a peu.
— Ça te tente une solution à l'amiable ?
Il n'y avait pas de porte aux alentours, ce qui ne laissait que peu de choix au garçon télépathe. Les lèvres de la rousse s'étirèrent en un sourire bestial, avant qu'elle n'ajoute:
— Tu sais déjà à quoi je pense... Mais le contrôle mental, tu connais?
Maudissant sa faiblesse et surtout sa langue trop bien pendue, Elio se retrouva ainsi au bras de Charlie le lendemain, chargé d'une drôle de mission. Il devait en effet utiliser quelques-uns de ses pouvoirs pour... Améliorer, selon les mots de sa geôlières, le résultat du bal. Probablement en dépréciant les autres, mais ce point ne semblait pas embêter sa partenaire outre-mesure.
Ils passèrent ainsi une douce et violente journée, faites de tromperies, de ruses, d'écrasages de pieds et de disputes mentales. Étonnamment,une grande partie des concurrents du bal disparurent ou fuirent la ville, tandis que d'autres devinrent soudain incapable de se déplacer. Elio et Charlie, quant à eux, parvinrent à se connaître à merveille, et remportèrent haut la main les mérites associés.
Après quelques menaces diverses et variées, ils s'en retournèrent chacun dans son coin, c'est à dire chacun dans son rayonnage de bibliothèque.
Mais depuis, tous les 13 février, on peu entendre des cris étranges dans les bibliothèques :
— Et désolée pour tous les télépathes qui nous écoutent !
— Mais on lit ! On n'écoute toujours pas !

