Les jolis mots de Benjamin Malaussène

 
 
Petite critique du roman Le Cas Malaussène de Daniel Pennac, que je viens de finir et dont je suis tombée en amours.

Faites-vous partie des "abrutis innombrables qui croient que le soleil ne se couche que pour le plaisir des yeux" ? Avez-vous déjà vu dans l'horizon brulant de soleil un éléphant sur le flanc ? Revêtu la miteuse mais néanmoins cruellement nécessaire chemise de nuit de "magistrat bénévole" ? Avez-vous déjà entr'aperçu la transformation parfaitement dégueulasse de la juge Talvern, avec ses chaussettes dans ses sandales, sa moustache et ses cheveux poisseux, qui fleurit comme Verdun ?

Sans doute pas. Pour tout dire, n'importe qui d'un temps soit peu rationnel (et assez pénible) s'empresserait de dire "nan mais toi non plus d'abord". Attendu qu'il est désagréable d'interrompre les gens, surtout dans leur propre chronique; Attendu cependant que c'est moi qui m'interrompt; Attendu que, du coup, ça va.

Je disais donc, avant d'être si grossièrement coupée, que Le cas Malaussène est un de ces livres dans lesquels on se délecte de la langue sans être assommé par sa pesanteur et son humidité. Je pourrais presque dire que ce livre nous roule une pelle sans pour autant nous noyer dans sa bave, et ça, c'est chouettos.

C'est un mignon roman de 300 pages dans du joli français comme on en fait plus beaucoup. Le premier chapitre est un peu désastreux, aussi j'ai directement sauté au second pour retrouver mon Benjamin Malaussène familier, bouc-émissaire de son état. Il a le front tout fripé de soucis, alors qu'il se complait dans la douceur du Vercors : C'est Un Ange, Maracuja, et Monsieur Malaussène sont à l'étranger pour des ONG, afin de se soigner de leurs illusions; il a un auteur mégalomane amateur de vérité toute vraie sur les bras; et on persiste à l'informer que Georges Lapietà, miliardaire verreux comme on en fait vraiment beaucoup, a été enlevé. Alors qu'il s'en fout, le pauvre Benjamin Malaussiène, il veut faire des confitures avec Julius le chien dans le Vercors.

Bien sûr, pour pouvoir l'apprécier dans toute sa délicieuse mesure, il vous faudra vous frotter à l'impressionnante famille Malaussène, qui se reproduit à une vitesse effarante. Vous devrez avoir fait la connaissance de tout ce petit monde dans La Fée Carabine notamment. Mais croyez-moi, Ce Sont des Anges.

Je conseille cette élégante lecture à celleux d'entre vous qui ont déjà mangé des cerises sans enlever le noyau, c'est-à-dire les intrépides de 14, 15 ans témoignant d'un certain degré de conscience sociale. Il y a en effet des galipettes toutes sexuelles et un peu de vrai sang (je vous rassure, ce n'est pas le vôtre).

Et puis, les prénoms sont vraiment superbes.

"Aucun doute, ma chère Julie, votre Malaussène est un cas".

 

Article écrit par Lume,
illustré par Erin