Rencontre du 7ème art

Vous aimez regarder des films ?? Moi oui !! Dans cette nouvelle chronique culturelle du Chicaneur, je vous propose de (re)découvrir une petite sélection de films centrés autour d’une même thématique. Évidemment la liste n’est pas exhaustive, et je serai d’ailleurs ravi de prendre vos suggestions pour ma petite watchlist personnelle, mais j’ai tâché de la diversifier au maximum.

Et quoi de mieux pour célèbrer la première édition de cette chronique que d’explorer le cinéma… au cinéma. Des films qui parlent de films, des scénaristes qui écrivent sur des scénaristes, des acteurs·trices qui jouent des acteurs·trices… Quand le 7ème se regarde dans un miroir.

 


Le premier discours de Kyle et Elizabeth, bien déterminés à remporter MMP12.

SUNSET BOULEVARD
Billy Wilder, 1950


Joe Gillis est un scénariste talentueux. Malheureusement depuis quelques mois, il peine à vendre le moindre scénario aux studios hollywoodiens. Il rencontre alors Norma, star déchue d’un cinéma muet désormais mort et enterré, qui souhaite organiser son grand retour devant les caméras. Conscient qu’un tel come-back n’a aucune chance de fonctionner, Joe se fait malgré tout engager comme scénariste par Norma afin d’éponger ses dettes…

Je le dis tout de suite : si vous vous attendez à un classique un peu ennuyeux, vous n’y êtes pas du tout. Je peux vous garantir que Sunset Boulevard est un film dynamique, vivant, et bourré d’un humour cynique efficace. On le doit en partie à la relation électrique entre les deux protagonistes hauts en couleur. Il faut d’ailleurs souligner le jeu absolument CAPTIVANT de Gloria Swanson, star déchue du muet qui interprète avec une folle intensité Nora Desmond, extravagante star déchue du muet (eh oui c’est méta).

Côté image, la réalisation est élégante mais surtout inventive et n’hésite pas, bien qu’il s’agisse d’un film classique dramatique, à faire quelques emprunts au style gothique et aux films de vampire pour représenter ces vieilles stars complètement dépassées qui ne sont désormais plus que des fantômes d’un glorieux passé, morts-vivants au milieu d’un Hollywood métamorphosé. Ne soyez donc pas étonné d’entendre la mélodie d’un vieil orgue dans l’obscur salon du manoir de Norma… Mais plus encore, Billy Wilder reprend tous les codes du film noir hollywoodien : thématiques du mensonge et de la moralité, photographie soignée jouant sur des effets d’ombres et lumières, et bien entendu un meurtre dès la scène introductive.

A mi-chemin entre une déclaration d’amour passionnée au 7ème art (références directes à Charlie Chaplin, Greta Garbo, Autant en emporte le vent…) et une critique amère de la machine industrielle hollywoodienne (les deux protagonistes rejetés du jour au lendemain par les studios qui les choyaient), c’est peut-être l’un des films les plus honnêtes qu’un cinéaste puisse faire sur le cinéma.
 


Rain et Luyana dans leur super costume de carnaval.

BE KIND REWIND
Michel Gondry, 2008


Chargés de tenir le vidéo-club d’un vieux passionné de cinéma pendant son absence, deux amis effacent accidentellement la bande magnétique de toutes les VHS en boutique… Afin d’éviter la catastrophe commerciale qui s’en vient, ils vont alors rejouer et filmer leurs propres versions amateures (dites suédées) de quelques uns des plus grands succès du cinéma.

Comme souvent je crois avec Michel Gondry, on a là un film excentrique à souhait. Les loufoqueries en carton-plâtre de Jack Black et Mos Def sont évidemment très drôles et vous feront passer à coup sûr un bon moment de détente. Mais sous sa légèreté insouciante, c’est aussi pour le réalisateur un bon moyen de saluer les cultures pop et geek des années 80-90, l’époque des vidéo-clubs et des VHS, la créativité des fans, et tout un pan du cinéma de blockbusters américain fait de Ghostbusters, RoboCop, Carrie, et bien d’autres…
 


Erwan, témoin malheureux d’une énième scène romantique entre Catherine et Eurydice.

FORGOTTEN SILVER
Peter Jackson et Costa Botes, 1995


TW : H. Weinstein fait deux très courtes apparitions au tout début et à la fin du film. Je préférais prévenir, ça m’a fait un peu l’effet jumpscare de le voir pop. :’))

Dans ce documentaire, on explore l’histoire de Colin McKenzie, cinéaste néo-zélandais du début du XXè siècle injustement oublié. A l’aide d’images d’archive, de témoignages et d’enquête de terrain, on (re)découvre l’œuvre gigantesque de celui à qui l’on doit, entre autres, l’invention du travelling et du gros plan. Sauf qu’en réalité… Colin McKenzie n’a jamais existé. Tout ceci est un canular monté de toutes pièces par Costa Botes et Peter Jackson, au grand dam de certains universitaires qui, après la première diffusion du film à la télévision néo-zélandaises, avaient affirmé bien connaître l’histoire de ce cinéaste oublié.

Mais alors pourquoi regarder un documentaire qui ne contient pas une once de vérité, me direz-vous ? Eh bien déjà car c’est très drôle, lorsque l’on sait que tout ceci est faux. L’histoire de McKenzie est absurde, grotesque, pleine de rebondissements et d’anecdotes inventives et amusantes. Comme lorsque l’on nous apprend qu’il a réalisé le premier film parlant de l’histoire en 1908 (soit environ 20 ans avant le vrai premier)… Film malheureusement aussitôt tombé dans l’oubli car l’intégralité de ses dialogues étaient en chinois et que McKenzie n’avait pas pensé à les sous-titrer pour son public néo-zélandais. Mais aussi car ce moyen-métrage est un bel hommage aux débuts du cinéma, à l’évolution des technologies de l’image et du son au début du XXème siècle, aux nombreux cinéastes galériens oubliés derrière les noms plus connus des Lumière et autres Meliès, et aux kilomètres de pellicules à jamais disparus ou détruits.
 


La salle commune de Serdaigle si la couleur bleue n’avait pas été inventée.

OTTO E MEZZO
Federico Fellini, 1963


Je vais être franc : je ne sais absolument pas comment vous parler de ce film. Je l’ai découvert en préparant cette chronique et, même s’il m’a instantanément marqué, je crois qu’il me faudra un second visionnage dans quelques mois pour en mesurer toute la portée. Mais il me semble malgré tout essentiel à cette sélection, donc je vais tâcher de vous en parler du mieux possible.

On y suit Guido, cinéaste égocentrique traversant une crise existentielle alors qu’il s’apprête à débuter le tournage de son nouveau projet. Le film (celui que nous on regarde, pas celui de Guido, suivez un peu) entremêle alors sans distinction des scènes représentant le réel, les souvenirs et les fantasmes du cinéaste en quête de sens. En bref, une narration complexe qui plaira probablement aux amateurs·trices de David Lynch (dont le Mulholland Drive faisait initialement parti de ma sélection pour cette chronique d’ailleurs, donc allez le voir aussi si ce n’est pas déjà fait !!). La mise en scène est somptueuse, certaines images semblant tout droit sorties d’un drôle de rêve avec leur photographie brillante (dans tous les sens du terme) faite de surexposition et leur chorégraphie de mouvements perpétuels. Enfin, il est aussi l’un des grands symboles d’une des périodes les plus fastes du cinéma italien et, plus largement, européen (Néoréalisme italien, Nouvelle vague française, Ingmar Bergman en Suède…), à un moment où l’industrie hollywoodienne s’effondrait sur elle-même et s’apprêtait à entamer sa mue.
 


Moi prenant conscience que je vais finir cet article grave en avance ??

THE FABELMANS
Steven Spielberg, 2022


Dernier film en date de son réalisateur, The Fabelmans est un récit semi-autobiographique dans lequel Spielberg nous conte l’enfance et l’adolescence de son alter ego Sammy Fabelman (magnifiquement interprété par Gabriel LaBelle, mon égérie !!) qui rêve de devenir cinéaste, de sa découverte des salles obscures à la réalisation de ses premiers court-métrages amateurs (déjà avec beaucoup d’ingéniosité).

A travers cette histoire tantôt touchante, tantôt amusante, on y découvre un Spielberg intime comme jamais dont l’amour inconditionnel pour le 7ème art est étroitement lié à son histoire personnelle. Entre dysfonction familiale, antisémitisme, et sentiment d’être incompris, l’adolescence du protagoniste met en lumière l’importance de ces thématiques pour le réalisateur qui n’a d’ailleurs cessé de les aborder tout au long de sa carrière, y compris dans ses plus célèbres blockbusters. Mais bien au-delà, Spielberg nous propose également une réflexion sur le pouvoir des images et la responsabilité de celui qui les filme. Au cours de ses expériences personnelles, le jeune Sammy va ainsi découvrir un cinéma qui révèle, un cinéma qui déforme, un cinéma qui soigne.

Et comment ne pas vous parler de la scène finale (l’une de mes préférées !!) dans laquelle Spielberg, par un simple mouvement de caméra, vient subtilement briser le quatrième mur et nous rappeler avec toute la malice qui le caractérise que le petit Sammy a aujourd’hui bien grandi.

Bref, je tenais à finir cette première chronique par ce film. D’une part car il a une place importante dans mon cœur, pour différentes raisons. D’autre part, car c’est une magnifique lettre d’amour au cinéma qui peut vous donner envie de regarder des films, chez vous ou encore mieux, en salles (indépendantes, de préférence), voire de saisir votre téléphone pour filmer le scénario de vos rêves. Qui sait, peut-être qu’un petit Sammy Fabelman qui s’ignore se cache entre les murs bleus de notre salle commune ?

 

Commentaires

1. Le vendredi 10 avril 2026, 11:14 par Romie

Mais ohlala, est-ce qu'on peut avoir des chroniques culturelles de Mimil tous les mois s'il vous plait ? (a) C'est vraiment un plaisir de lire l'avis d'un passionné sur le cinéma, on sent vraiment que t'as envie de nous le faire aimer aussi et j'avoue que ça me donne envie de voir les films que tu nous présentes *^*

2. Le dimanche 12 avril 2026, 19:01 par Feozard

Comme très souvent, notre historique de visionnages ne se rencontrent que très rarement, et cette sélection n'a pas fait exception puisque je n'avais absolument rien vu, et parfois même pas entendu parler Mais tu m'as donné envie d'en voir au moins une partie, et dieu sait que je peux être chiant dans mes choix.

Pour compléter ta liste, j'aimerais proposer mes propres films sur cette thématique, en espérant que ça intéressera quelqu'un !

On commence par Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly, sorti en 1952. C'est l'un de mes coups de cœur depuis toujours et un film d'enfance (non je ne suis pas si vieux). C'est une comédie musicale, particulièrement connue pour la chanson "Singin' in the rain" mais ça parle aussi du passage du cinéma muet au cinéma parlant (comme ton premier film tiens). C'est intéressant, c'est drôle, ça chante, bref j'adore ce film.

Comment pourrais-je m'appeler encore Feozard si je ne recommandais pas un film d'animation ? On part vers le Japon avec Pompo The Cinephile, où on suit un monteur de cinéma qui a pour rêve de devenir un grand réalisateur. Avec son amie Pompo, star du cinéma, il va se lancer dans son plus gros projet et on y suit tout son processus de pensée plutôt que le film qu'il réalise. C'est assez intimiste, assez spécial aussi dans sa réalisation.

Et enfin, parce que je l'ai vu il y a moins d'une semaine, je mentionne The Fall Guy parce que c'est quand même un blockbuster américain qui met en avant le travail de cascadeur, et je trouve ça cool. Le film n'est pas exempt de défaut, mais c'est super intéressant de voir le dessous des cascades sur un plateau de tournage, et le générique de fin est rempli d'images des cascadeurs qui ont travaillé sur le film. Pour rester sur les cascadeurs, je vous conseille également le film documentaire David Holmes: The Boy Who Lived, qui parle d'une doublure cascade de Daniel Radcliffe sur le tournage des films Harry Potter qui s'est retrouvé paralysé à vie suite à un accident. On y apprend beaucoup de choses sur le monde des cascadeurs et sur le tournage d'Harry Potter, qui ne sont pas forcément mises en avant dans les making of plus classiques des films.

Je devrais peut-être écrire un article moi aussi, si c'est pour poster des commentaires aussi longs en fait...

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