C'est quoi, la liberté ?

Un jour, la nouvelle tombe, comme ça : votre chef a quitté son boulot et devient votre collègue. Evidemment, c'est la fête ! L'excitation monte, adieu la dictature ! Bonjour la démocratie ! La liberté devient le maître mot, au point où vous en faites le thème de votre parution à suivre.

Mais, brutalement, la question vous assiège : en faisant de la liberté le thème de cette 174e édition, n'a-t-on pas limité la liberté qu'on avait ? L'idée d'un thème libre, c'est de ne pas avoir de thème. Mais le thème, c'est la liberté, donc on a un thème.

Après trois migraines et ce chemin répété en boucle, je me suis dit que le problème venait de la définition même de la liberté. C'est quoi, la liberté ?

Le Larousse nous en donne quatorze définitions, le filou, allant de l'aspect politique de la liberté aux jeux de cartes. Conceptuellement, cependant, il définit la liberté comme la possibilité d'agir selon ses propres choix, sans avoir à en référer à une autorité quelconque. En d’autres termes, la possibilité de pouvoir faire tout ce qu’on veut. Si on se base purement et simplement sur cette définition, aucun humain n’est libre. Malgré notre liberté apparente, malgré l’absence de chaînes à nos poignets, il existe des règles de bienséance, des lois qui nous encadrent. Je ne peux pas étouffer Merlin la Mascotte dans son sommeil pour me venger de ses fientes, peu importe mon envie.
Quoique… Je pourrais. Je peux faire le choix d’ignorer les règles et d’en subir les conséquences, le renvoi, la prison... Va-t-on en prison pour le meurtre d’un oiseau ? Je devrai me renseigner.

Donc, d’un côté, je connais les conséquences de mes choix et elles entrent dès lors dans mon processus de choix, devenant un poids de taille, je suis libre de prendre ou non le risque de les recevoir, et d’un autre, l’idée même de conséquences restreint ma liberté.
En approfondissant, je pourrais même choisir de ne pas accepter les conséquences, quelles qu’elles soient. Je pourrais refuser tout net, me défendre, m’enfuir. Et l’autorité à laquelle je ne devrais en référer pourrait me poursuivre jusqu’au bout du monde, c’est sa liberté à elle. Et sa liberté envahit la mienne, ma liberté envahit celle de Merlin, la liberté de Merlin est un crime ; c’est un cercle vicieux.

« La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres », dit-on. Voilà qui est on ne peut plus vrai. On a chacun son terrain, on fait ce qu’on veut en son sein mais hors de la clôture, c’est non. Mais est-ce toujours de la liberté ? Et si je veux planter mon pommier chez le voisin parce que son territoire est mieux exposé au soleil, parce que je n’aime pas l’odeur ou, simplement, parce que je le veux ?

Il n’existe pas de réponse claire et nette à cette question. La liberté, ce n’est pas une définition précise, c’est une question d’opinion. Nous ne sommes pas absolument libres ; cela ne nous empêche pas d’être libres, suffisamment libres. Pour certains, l’interdiction de meurtres entache et détruit leur liberté. Pour d’autres, vivre simplement, en suivant la vague, suffit. La liberté, ça peut être le fait de faire le choix de sauter d’un avion sans parachute. Ça peut aussi être le fait de, soyons fous, enchaîner des frites deux soirs de suite ! On se sent libre ou on ne se le sent pas. Les restrictions existent et elles existeront toujours. Elles sont là pour nous protéger de notre propre liberté et pour protéger les autres de celle-ci. Elles sont nécessaires ; finalement, elles entravent notre liberté pour que nous puissions mieux en profiter. Mais c’est ok de ne pas en profiter. C’est ok d’être déçu du rêve démocratique libertaire qu’on nous vend.

Et pour moi ? Pour moi, la liberté, c’est de pouvoir m’exprimer sans restriction. Je n’ai pas besoin qu’on soit d’accord avec moi, je n’ai pas besoin qu’on m’écoute. Juste qu’on me laisse parler. Et de me débarrasser de Merlin.
Bon, de toute évidence, ça n'a pas duré, cette liberté... Bienvenue au chef, blablabla... "Vous allez souffrir", voilà comment il a fait son entrée. Adieu, douce liberté. Je t'aurai appréciée.

Petite anecdote : j'ai en fait beaucoup aimé notre cher Septimus comme CeC et j'ai hâte de travailler sous les ordres de Nathan qui, j'en suis sûre, sera merveilleux. Ceci n'a pas été écrit sous la contrainte.