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Le RPG de P12 est une forme de littérature ; voilà une opinion, peut-être contestable et indéniablement contestée, que je défendrai pourtant bec et ongles. Certes, on pourrait dire qu'il ne s'agit que de mots écrits sur un forum, que la noblesse de l'encre et du papier n'y est pas. Mais, à mon sens, tout cela n'est qu'excuses et, en tant qu'étudiant en lettres, je vous le dis : même sans que vous ne le sachiez, vos écrits d'ici s'incluent tous, sans exception, dans des traditions littéraires de narration, de genres, de style. Et si la question « Qu'est-ce que la littérature ? » est épineuse, j'affirme qu'à mes yeux, le RPG ne doit (et ne peut) être exclu de cette réflexion.
Mais je ne suis pas là pour écrire une dissertation sur le sujet. Plutôt, j'ai décidé de vous le montrer par la pratique, et d'analyser le style de vos RPs, tel qu'on le ferait pour les textes des plus grands auteurs. Ainsi, vous le verrez : comme tous les auteurs que vous connaissez, vous avez, amis aiglons, du style !
Commençons par celle qui, je dois bien l'avouer, m'a soufflé l'idée d'écrire cet article, et analysons sa prophétie dans Who's afraid of little old me ? You should be.
« Deux sorciers liés, âmes jumelles en transe,
Leur amitié naissante, miroir d'une alliance.
Destin et Mort, la même danse figée,
Revivront-ils encore cette histoire enchaînée ? » |
Nous pouvons donc ici voir une prophétie rédigée sous la forme d'un quatrain, autrement dit une strophe de quatre vers, qui donne un aspect succinct, mais également formel à cette prophétie. Cet aspect formel, qui retranscrit le mystère autour de la divination et du don de Faith, est renforcé par la forme en alexandrin des vers 1, 2 et 4, une forme qui, même sans que l'on compte les vers, fait résonner en nous l'idée d'une noblesse des mots.
Faith réussit cependant à rythmer cette prophétie, afin que notre lecture demeure dynamique. En effet, après deux alexandrins classiques, marqués par une césure à l'hémistiche (une virgule au beau milieu), le troisième vers perd deux syllabes, et cette rupture dans le rythme choque nos oreilles, en même temps que la fatalité de la « Mort » choque les deux jeunes adolescents : une belle façon.
Passons désormais à l'autre moitié de ce jeune couple, et, comme échantillon du style de Carter Spall, j'ai choisi ce joli extrait de The Price I Paid.
| « L'étreinte de Faith enveloppait Carter avec une chaleur réconfortante, dissipant le froid qui s'était insinué durant son entraînement de Quidditch. Les flocons de neige égarés sur sa tenue avaient fondu, laissant une sensation de fraîcheur humide sur sa peau engourdie. Distrait par les explications de Faith, un sourire émerveillé se dessinait sur le visage de l'adolescent. Ses yeux parcouraient chaque détail de son visage, capturant les rondeurs qui s'étaient développées depuis leur séparation. La clarté dans le regard de Faith et les teintes vibrantes sur ses joues témoignaient l'absence de drogue dans sa vie. Faith Fawley était encore plus belle qu'elle ne l'avait jamais été. » |
Carter reprend ici le thème de la retrouvaille amoureuse et choisit, pour souligner la beauté de sa petite amie, d'écrire une description hantée par le monde des sens, particulièrement mobilisés : ainsi, la chaleur de Faith s'oppose et contraste avec le froid du monde, et sa présence éveille donc non seulement la vue, mais également le toucher, dans une légère sensualité propre à l'innocence d'un début de relation adolescente.
Il joue alors avec les couleurs et les formes pour peindre le portrait de la jeune fille avec ses mots, faisant progressivement disparaître les éléments du monde extérieur, un monde qui était personnifié comme « égaré », mais qui retrouve désormais ses repères en la figure de Faith, qui se confond presque avec une allégorie de la beauté – fait notable dans le regard d'un descendant de vélane.
Et maintenant que je suis d'humeur romantique, pourquoi ne pas nous concentrer sur un autre couple iconique de notre maison, et regardons comment Catherine parle de sa chère Euydice dans Futur plus-que parfait !
| « Ce n'était pas tellement dans ses habitudes de se retrouver aussi vulnérable dans les bras d'une personne. Ni d'être amoureuse aussi rapidement. Pouvait-on parler d'un coup de foudre ? Sûrement. Surtout pour Catherine, qui avait laissé les mots traduire ses sentiments. Des mots qu'elle ne pensait plus pouvoir dire. Elle avait fait une croix sur l'amour il y avait une dizaine d'années déjà. Les émotions étant beaucoup trop douloureuses pour elle. Elle était peut-être en faute également. Foncer tête baisser, sans penser aux conséquences. Comme maintenant. Toutefois, Eurydice n'était pas comme tout le monde. Elle n'était pas comme les autres personnes que la professeure avait fréquenté ces dernières années. La Spector était douce, bienveillante et compréhensive. » |
Ici, le style de Catherine se caractérise par des phrases courtes, composées d'une seule proposition chacune. Cette simplicité syntaxique retranscrit parfaitement les deux sentiments dominants de la directrice adjointe dans ce paragraphe : d'une part, le trouble, qui saccade ses pensées, la perte des habitudes, la nouveauté qui l'empêche de s'attarder sur trop de détails, et qui superpose cet instant à une vague de souvenirs du passé, à la fois similaires et profondément différents. Mais, d'autre part, c'est aussi la sincérité de l'amour entre les deux femmes qui est soulignée : malgré ce passé compliqué, l'amour apparaît comme une évidence. Inutile, donc, de le justifier par de longues phrases. Elles s'aiment, c'est aussi simple que ça.
Cette simplicité est permise par l'unicité d'Eurydice, introduite par l'adverbe « toutefois », qui marque la rupture dans ce flux de pensée de la Spinnet, et qui nous conduit jusqu'à un portrait moral de la jeune femme dans un rythme ternaire, où chaque adjectif est un peu plus long que le précédent – un signe de l'affection grandissante de l'une envers l'autre ?
Vous l'avez donc vu, les aiglons ont du style, et leur plume aussi – n'importe quel extrait de vos RPs pourrait être analysé de la sorte, car oui, même si nous ne nous en rendons pas compte au moment où nous l'écrivons, chacun d'entre nous a une patte personnelle, qui produit certains effets et rend la lecture de vos écrits si agréable et rythmée.
Ce serait un plaisir de continuer mon argument, et d'analyser plus de vos écrits, mais cet article est déjà bien suffisamment long. Dites-moi, cependant, si cela vous plaît en commentaires – si vous aimez, vous aussi, voir vos talents décortiqués, peut-être que je pourrais recommencer ?
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Commentaires
Oooh j'aime beaucoup ! Ça permet de découvrir les différents styles et d'avoir une nouvelle ouverture sur les RP, ça donne vraiment envie d'aller lire tous ceux qu'on peut trouver.
Jolie analyse ! (on sent tes études derrière haha)
J'aime beaucoup cette analyse des styles que tu nous proposes, Natacha ! Et je suis d'accord avec toi pour dire que le rpg est un véritable exercice d'écriture, et une forme de littérature aussi. Un peu à l'image des fanfictions, on trouve de vraies perles !
Bravo aux rpgistes *-*
J'adore ce principe d'article ! C'est une façon très originale de mettre le RP en valeur, et c'est vrai que regardant de près, il y a pleins de jolies choses à dire !