Romance, un mépris injuste ?

J'ai mis sûrement du temps à avouer à demi-mots que l'une des choses que je préfère dans les livres, c'est une jolie romance. Et je pense n'être pas la seule à avoir un jour mis à distance ces lectures. Je le sais même parce que je lis les sondages de la bibliothèque et une grande majorité de pedouzien y ayant participé rejette en bloc la romance comme genre littéraire. Je suis désolée mais je ne vous crois pas.

Et pourtant, j'aurais pu ne pas aimer les clichés amoureux, la mièvrerie et l'emmiellement total de ces histoires. Ne serait-ce parce que je ne suis pas une grande romantique dans la vraie vie. Je ne suis pas spécialement intéressée par les couples, je n'ai pas vraiment connu d'histoire d'amour qui ferait que je m'y reconnaîtrais forcément. Mais il y a quelque chos d'assez irrésistible dans les romans d'amour, dans des histoires où après maintes péripéties et mille obstacles parfois clichés, parfois jouant avec les codes, l'amour triomphe enfin, quel qu'il soit.

On peut avoir de grands principes sur la littérature, ne pas trouver cela sérieux, considérer qu'il ne s'agit que de mensonges, d'une vision idéalisée. Bien sûr que c'est idéalisé, c'est bien une partie de ce qui en fait quelque chose de plaisant. N'empêche que si l'on regarde les ventes de livres, les romances légères où le “love interest” est central sont fort bien placées. Mais toujours dénigrées et regardé de haut par les amateurs de la “bonne littérature”. Il me semble que cela peut entrer dans la catégorie des “Paralittératures” au même titre que le roman policier ou fantasy par exemple, c'est-à-dire plus ou moins le champ de la littérature qui n'est pas vraiment étudié. Que ça rejoint tout ce qui n'est pas vraiment considéré par les critiques, ces romans dits de gare que les gens bien éduqués ne lisent pas en public.

Eh bien je m'oppose à cette exclusion. L'amour à toujours été un thème totalement central de la littérature. Dans l'Antiquité, les poètes que l'on appelle “élégiaques” font des plaintes amoureuses le coeur de leurs écrits. La poésie amoureuse fourmille à tous les siècles. Dans les romans, l'Astrée, d'Honoré d'Urfé, n'est rien d'autre qu'un long roman où s'entremêlent mille histoires d'amour, chacune différente, parfois trahies, qui se terminent mal parfois, ou bien, faites de rebondissements multiples qui pourraient rappeler les meilleures telenovelas, avec du travestissement, des morts qui reviennent à la vie, des tromperies impressionnantes, des enfants cachés…

Tout ça pour dire que l'on néglige parfois un genre qui vient de loin. Que l'on peut aimer la littérature et les romans d'amour, qu'il n'y a rien de mal à aimer le genre, à apprécier Jane Austen, à aimer lire de nouvelles histoires, sur les relations humaines, trouver du réconfort dans l'illusion littéraire, se laisser emporter par des sentiments qui transparaissent derrière les mots.

Vous m'opposerez peut-être que la romance aujourd'hui a bien des points problématiques. Et en effet, je ne suis moi-même pas adepte de tous les livres de Dark Romance (qui font l'objet d'un débat qui m'intéresse bien dans le Monde Moldu en ce moment-même) ou parfois je peux mettre longtemps à trouver une histoire un peu originale, pas forcément hétéronormée et qui met en valeur des personnages qui sortent des stéréotypes. Mais ce que je veux dire, c'est que bien que toutes les romances ne soient pas bonnes, comme c'est le cas dans tous les genres au fond, de manière toute personnelle, j'ai bien envie de les mettre un peu en valeur. Rien que parce que ça peut être un moyen d'explorer les émotions d'autrui et de les faire un peu siennes, vivre un peu par procuration, sentir quelques papillons dans le ventre juste par la force des mots et pour ma part, tout cela forme d'excellents souvenirs de lecture.

Et vous, est-ce que vous assumez d'avoir des romances dans vos petites étagères ?

 

 

 

 

 

 

Commentaires

1. Le mercredi 14 février 2024, 11:08 par Nox De Leon

Un article très vrai, on hésite généralement à avouer un Daniel Steel dans ses rayons , pourtant qui ne s'y est pas essayé un jour, au moins pour voir ? Il y a romance et romance, l'histoire d'une part et la façon de l'écrire, il y a la romance eau de rose à deux gallions, et puis quelques Margaret Mitchell sur fond de guerre de sécession, et plus près de nous, autres Patrick Cauvin plus faciles à avouer. Je dirais "chacun ses goûts". J'ai toujours entendu les professeurs dire que "lire", peu importe si c'est de la BD, du roman photos, ou "Nous Deux", mais c'est toujours lire ! Et entrer dans les émotions des autres, c'est un début d'apprentissage de la vie. J'ai longtemps répété dans ma vie adolescente la phrase que Scarlette O'Hara répète souvent "Je ne veux pas y penser, j'y penserai plus tard"" et j'avoue que ça m'a bien souvent donné la force d'avancer. Un bien bel article Romie.

2. Le jeudi 15 février 2024, 19:58 par Luyana

Merci pour cet article Romie. Oui, la romance est un genre littéraire à part entière qui ne devrait pas être dénigré !
Chacun a ses goûts et ses préférences, et c'est cela qui permet de créer la belle diversité littéraire qui existe !
Et puis, c'est toujours agréable de lire une jolie romance de temps en temps, voir des personnes s'aimer ça fait toujours du bien au cœur.

Effectivement, il y a certains sous genres de la romance, tel que la dark romance qui sont problématiques. Mais n'est-ce pas le cas de tous les genres en effet ?

Je vais m'arrêter là, sinon je suis partie pour faire une dissert de défense de la littérature haha.
Mais merci Romie pour ce très bel article, très bien écrit et illustré.
(N'hésite pas à venir participer au débat du MoMo (a) )