V comme Vérité !


Une silhouette se tenait au beau milieu d’un couloir. Tête basse et dans son poing, un journal froissé. En vue de la couverture abîmée, il s’agissait de l’édition d’avril du Chicaneur. Et la jeune fille qui le serrait de toutes ses forces dans sa main n’était autre que Yume Tsuki. Elle n’était pratiquement jamais en colère. Cependant, elle venait à peine d’arriver qu’elle était déjà prise pour cible par la personne anonyme qui tenait la rubrique « R comme Rumeurs ». Qui était donc ce fameux X pour oser la traiter de dealeuse alors qu’elle ne faisait qu’étudier sagement depuis son entrée à Poudlard ? Elle n’avait aucune idée de comment mais elle démentirait ses propos ! Au moment précis où elle pensa ces mots, des pas résonnèrent derrière elle. Au moment où elle redressa la tête, elle croisa le regard de Linda, amie et collègue chroniqueuse.

- Salut ! Dis-moi, tu sais qui s’occupe de la couverture cette édition ? Parce que là... ça ne va plus du tout, on est à la bourre et je n’ai toujours pas écrit mon article... Du coup tu n’aurais pas une petite idée ? Quoi que... tu n’as pas l’air dans ton assiette. Qu’est-ce qu’y se passe ? Tu peux tout me dire tu sais !

Yume se retenait de lui balancer son journal à la figure. Linda était si... innocente, naïve ! Elle ne savait pas encore ce que c’était de travailler au Chicaneur. La petite nouvelle pensait probablement que ça serait génial, amusant. Pourtant, tous les rédacteurs savaient qu’il était très dangereux de participer à la rédaction. Ils pouvaient en effet être les prochaines cibles du mystérieux X, qui s’amusait à lancer des rumeurs honteuses sur vous... C’était inadmissible ! Yume traquerait cette personne infâme et elle savait que lorsqu’elle l’aurait trouvée, celle-ci passerait un mauvais quart d’heure.

- Je suis occupée Linda, ça ne se voit pas ?! répondit-elle brusquement.

- Désolée... mais si « être occupée » signifie « maugréer devant la dernière édition », alors laisse-moi te dire que tu n’es pas la seule ! Tout le château est en colère contre les Rumeurs... c’est bien pour ça que tu es en colère, non ? Mais je sais que tu es un ange ma Yume, tu ne pourrais pas faire ce dont X t’accuses, n’est-ce pas ?

Yume ne savait pas quoi répondre. Il était vrai qu’elle avait probablement participé pendant quelques temps à une activité pas très recommandable... mais de là à l’afficher en une du journal ! Ce n’était pas comme si elle avait tué quelqu’un. Devant l’air indécis de la jeune Tsuki, Linda commença à paniquer.

- Ne me dis pas que... non non non. Ce n’est pas possible ! Yume, si tu veux que je t’aide, il faut tout me dire !

- Je ne vois absolument pas de quoi tu parles...

- Si tu vois très bien ! Donc maintenant tu vas m’accompagner au bout du couloir, on va discrètement sortir des Bureaux comme si rien ne s’était passé et une fois sorties, tu me raconteras tout.

La jeune serdaigle ne pouvait pas faire le poids devant l’air têtu de Linda. Elle se laissa entraîner jusqu’à la porte, la poussa en coinçant le journal sous son bras et sortit en compagnie de son amie. Elles se rendirent dans un couloir désert et s’arrêtèrent au milieu.

- Bon... vas-y. J’attends, commença Linda

- Il est peut-être possible que quelques cookies colorés aient circulé dans les Bureaux... mais c’est tout !

La mâchoire de Linda manqua de se décrocher du reste de son crâne. Quant à Yume, eh bien, elle dansait un pied sur l’autre.

- Tu ne vas pas plus m’expliquer que ça ? Demanda la Flobert au bout d’un moment.

- Si… Si. En réalité, je ne sais pas quand ni comment ça a commencé. Quand je suis arrivée, on m’a offert des cookies et… et puis Ben m’en a cuisiné ensuite…

- Ben ? Ben qui ?

- Ben Pop, deuxième année, le gars qui m’a accusé d’être une dealeuse dans son article des Joncheruines.

- Lui aussi ? Comment l’a-t-il su ?

L’érudite réfléchit deux secondes. C’est vrai ça, comment l’avait-il su ? X à la limite, ça ne l’étonnait pas vraiment. D’après les rumeurs, iel avait des yeux et des espions partout. Mais Ben… Des souvenirs la frappèrent de plein fouet.

- Attends une minute… C’est le premier à cuisiner des cookies, tout le temps. On a même manqué de mettre le feu aux cuisines de Poudlard peu de temps après mon arrivée (bon c’était de ma faute mais chut)… Il m’en a aussi envoyé par hibou… Et il en donne souvent aux petits nouveaux – et à tout le monde d’ailleurs… Si ça se trouve… c’est lui qui fournit la marchandise !

Sa camarade poussa une exclamation de surprise. La seconde d’après, Yume glissa sa main sous le menton de Linda pour lui refermer la bouche.

- Tu vas finir par perdre ta mâchoire si ça continue.

- En même, quoi de plus normal avec ce que tu me racontes ! Un trafic de cookies, toi dealeuse…

- Non-consentante ! Je n’ai pas dealé consciemment !

- Oui, si tu veux, mais tu étais quand même une dealeuse ! Et maintenant Ben en fournisseur de cookies ?

- Peut-être qu’il n’est pas simplement fournisseur… De ce que j’ai vu, il s’occupe aussi découlé sa marchandise parmi les élèves… Peut-être gère-t-il son propre gang de cookies ?

- Un gang de cookies ?

- Oui, mais ça ne devait pas être celui pour lequel je travaillais…

- Ca voudrait dire qu’il y a deux gangs de cookies ?

- Si on considère que un plus un, ça fait deux, alors oui.

- Mais comment tu peux savoir que ce n’est pas lui qui t’a embrigadé là-dedans ?

- Parce que ça voudrait dire qu’il est rentré dans le dortoir des filles et plus d’une fois.

- Et ce n’est pas possible ?

- Avec Elea qui veille au grain ? Il se serait pris un coup de fouet depuis longtemps…

- Alors qui ça pourrait être ?

Les deux Serdaigles passèrent en revue toutes les personnes qu’elle connaissait – soit très peu. Quand il vint un nom qu’elles crièrent en chœur :

- Alicia Gagné !

Les deux nouvelles recrues relevèrent brusquement leur tête.

- Mais bien sûr ! s’écria Linda. Lors de mon arrivée au Chicaneur, elle m’a forcé à en prendre un en me disant que si j’allais mal, la substance qu’il y avait dedans me rendrait joyeuse... moi je pensais qu’elle parlait du chocolat !

- Tu as raison ! Et puis, après en avoir mangé... je ne sais pas... je me sentais toute bizarre ! Il doit y avoir quelque chose dedans ! Et puis, ça serait logique que Alicia contrôle le trafic : elle peut en distribuer dans le dortoir des préfètes, au Chicaneur, à la Gazette, au Salon de Thé... elle contrôle tout ! Et puis...

Un cri strident retentit soudain. Nos deux jeunes détectives se turent et se plaquèrent contre le mur afin de ne pas se faire repérer. Une voix s’éleva au bout du couloir :

- Raaaahhhh... stupides chaussures ! A quoi ça sert d’avoir des talons stylés si c’est pour tomber toutes les deux minutes ?! Je vais finir par être en retard si ça continue. Et si Ben me fait UNE réflexion, je crois que je lui enfonce le talon dans l’œil.

Yume et Linda se regardèrent, affolées. En effet, elles avaient bien reconnu la voix, et elles savaient qu’elle appartenait à leur préfète... à savoir Alicia ! Une pensée traversa la Tsuki : leur suspecte avait apparemment rendez-vous quelque part, et ça ne pouvait pas être au Chicaneur étant donné qu’elle prenait le chemin opposé. De plus, elle avait parlé de Ben... et si elle se rendait au lieu de réunion des trafiquants ? Ne pourraient-elles pas la prendre discrètement en filature afin de démêler enfin toute cette histoire ? Elle tira Linda vers elle et lui chuchota :

- Viens, on la suit !

- Mais t’es malade ! Je te rappelle que c’est notre préfète, et que à cette heure-là on ne devrait pas être en train de trainer dans des couloirs abandonnés... répondit Linda

- Alleeeeeeeeezzzzzzzz !

Yume avait l’habitude de supplier Linda de cette façon : cette dernière craquait presque toujours. Elle soupira et glissa un petit « je te préviens je te tue si on a une heure de colle ». Sa camarade hocha la tête est avança à petits pas en direction de la porte que venait de franchir leur préfète. Elles collèrent leurs oreilles contre le panneau de bois, prêtes à découvrir ce qui se tramer derrière.

- Je croyais qu’on ne devait pas attaquer le réseau de l’autre ? s’enquit Alicia d’un ton agacé.

- Tu as recruté les derniers nouveaux, il fallait bien que je trouve un moyen pour contre-attaquer.

Les deux amies se retournèrent l’une vers l’autre, les yeux écarquillés.

- Tu penses à la même personne que moi ? Chuchota Linda.

- Donc ce n’est pas mon imagination qui me joue des tours ? J’ai bien entendu la voix de Ben Pop ? Murmura à son tour la Tsuki.

Elles échangèrent un regard et se jetèrent sur la porte, avides d’en savoir plus.

- Manquer de détruire la réputation d’une nouvelle, c’est un moyen acceptable pour toi ?

- De un, cette nouvelle est diabolique, de deux, je n’ai fait que dire la vérité et de trois… eh bien je n’ai pas de trois…

Derrière le battant, Yume manquait d’exploser. Diabolique, elle ? Il ne croyait pas si bien dire. Finalement, sa teinture à la belladone allait pouvoir servir… A côté d’elle, Linda affichait un air inquiet. Elle posa une main sur le bras de son amie tandis que cette dernière souriait de manière glauque.

- Yume, ça va ?

L’intéressée ne répondit pas, une folle lueur dans le regard, et plaqua de nouveau son oreille contre la porte.

- Elle n’est pas diabolique ! Enfin, un peu, mais ça reste raisonnable. Quant à toi, ne t’avise pas de recommencer sinon je te livre en pâture à Yume et Merlin sait qu’elle en meurt d’envie.

- Tu ne crois pas si bien dire… chuchota la Tsuki pour elle-même.

- D’accord d’accord, capitula Ben, mais alors tu me laisses les prochains nouveaux !

- Depuis quand ça marche comme ça les trafics ? « Pourriez-vous me concéder les trois prochaines recrues, s’il vous plaît ? » « Mais bien entendu très cher, à condition que vous me donniez cette fameuse recette de cookie qui est la vôtre ! » « Cela va de soi, ma chère amie ! A l’occasion, prenons à un thé ensemble et mangeons quelques cookies ! » Non, ça ne s’est jamais et ça ne se passera jamais comme ça ! Et puis je n’y peux rien si mes cookies sont meilleurs que les tiens !

- Je suis sûr que tu mets de l’Amortentia dans tes paillettes, que tu mets eux-mêmes dans tes cookies. Et… Attends, tu as dit quoi par rapport à mes cookies ?

- Je n’ai dit que la vérité. Quant à Yume, tu ne l’attaques plus ou tu auras affaire… à elle, juste à elle, ça suffira amplement.

Un grognement s’éleva de derrière la porte. Et son origine n’était autre que la principale intéressée. Linda s’empressa alors de la tirer loin du bureau. Pas facile étant donné que la japonaise marchait dans le sens opposé.

- Arrête tes bêtises Yume, tu vas nous faire repérer ! Cria en murmurant la Flobert, tirant de toutes ses forces. Tu auras tout le temps de te venger après mais là, si on ne remonte pas dans nos dortoirs maintenant, on aura une retenue !

La Tsuki capitula et lança un dernier regard furibond à la porte du bureau, avant de suivre son amie. Ce n’était que partie remise et bientôt, la vérité éclaterait dans tout le château, elle y veillerait !

Rédigé par Linda Flobert Rédigé par Yume Tsuki Illustré par Aliciagagne

Commentaires

1. Le lundi 17 mai 2021, 20:48 par BenPop

Bon... Je dois reconnaitre que... C'est une belle vengeance et j'avoue que j'ADORE cet article ! Mais je me dois de démentir les propos quand même ! Non mais... <3