Un peu d'Amérique en terre d'Ecosse

Le mois de juin est enfin arrivé. Le soleil est à nos portes et les vacances aussi, mais ça ne veut pas dire qu’il faut arrêter de s’instruire, chers amis. Car, comme tout bon Serdaigle que nous sommes, nous apprenons tous les jours et notre curiosité est mise à rude épreuve. Alors, j’ai donné rendez-vous à El’ojade Heka pour une « petite » entrevue. Tout à fait charmante, mais surtout, pleine de ressources !

* C’est dans un coin tranquille de la Salle commune que je donnai rendez-vous à la deuxième année. Malgré nos quelques différents personnels, j’espérais sincèrement qu’elle voudrait m’accorder une entrevue. Quelle agréable surprise de la retrouver installée près du foyer. El'ojade avait des petits tics nerveux : elle n’était pas du genre à être le centre de l’attention et n’était pas encore à l’aise.*

Catherine: Bonjour El’ojade! Merci d’avoir accepté de participer à cette petite entrevue. Commençons si tu le veux bien. Au Canada, le mois de juin est le mois national de l’histoire autochtone. Comment perçois-tu cette initiative?

El'ojade: À vrai dire, je trouve que c'est de la poudre aux yeux...

*répond El'ojade en se rongeant la peau des ongles. *

Catherine: Que veux-tu dire ?

El'ojade: Eh bien. Je trouve que c'est chouette, mais que ça "passe comme dans du beurre" comme on dit chez nous: personne ne s'en rend compte ou si peu. Dans mon école primaire, on soulignait en février le Mois de l'Histoire des Noirs... mais, en juin, c'est en pleine fin d'année et personne n'en parle. Bien sûr, j'dis pas qu'il faudrait pas souligner le mois de février, hein...

*finit-elle précipitamment, par peur que ses propos soient mal interprétés. *

M'enfin... On en parle plus entre nous, finalement. Pis j'suis pas sûre que ce soit le but de l'initiative... Ou alors, c'est juste pour que les gouvernements aient bonne conscience en parlant de la fameuse « Proclamation royale de 1763 ».

* L'Aiglonne mime des guillemets dans les airs, accompagnés d'un soupir de désapprobation. *

Ça concédait du territoire au Québec et une grande partie de territoire aux « Indiens », disant que ces terres ne seraient jamais prises et tout... ce qui n'a jamais été le cas. Alors que le territoire concéder aux anciens colons de la Nouvelle-France, lui, a bel et bien pris en compte.

* Un retour en règle dans ces chers cours d’Histoire du Canada*

Catherine: Au fait, il y a très peu d’autochtones au Château, sinon aucun à part toi. Comment le vis-tu ?

El'ojade: J'avoue que c'est assez difficile par moments, mais, finalement, je trouve que c'est bien moins pire qu'au Québec... En fait, ici, il y a des gens qui viennent d'un peu partout et c'est à peine si on connaît mes racines... Y'a même le professeur McCarthy qui pense que je suis Égyptienne ou Thaïlandaise...

* El'ojade apporte une main à son front avec un air consterné. Sa voix traduit son opinion déplorable sur l'enseignant de botanique. *

Mais bon, à part ça, je préfère être à Poudlard qu'à Sept-Îles finalement.

* Face à ses révélations sur le professeur de botanique, pour plus longtemps, nous savons maintenant comment nous amuser un tout petit peu à ses dépens.*

Catherine: Pourquoi Poudlard et non pas Ilvermorny ? C’est plus près de chez toi, non ?

El'ojade: Oh. Ma tante a fait ses études à Poudlard. Alors mon père, qui est Écossais, connaissait déjà l'école et tout. C'était juste plus logique pour lui. En même temps, je préfère ça... J'aime pas tellement les États-Unis.

* Elle lève les yeux au ciel avant de poursuivre. *

Puis y'ont les mêmes enjeux concernant les peuples autochtones... Je sais pas, mais c'est possible que, finalement, je me serais sentie aussi peu acceptée là-bas qu'à Sept-Îles.

* Si vous ne savez pas où se trouve Sept-Îles : c’est une ville située au nord du fleuve Saint-Laurent, dans la Côte-Nord du Québec... Mais bon, c’est ça. Vous devriez plonger votre tête dans un livre de géographie moldue au lieu de suivre les derniers potins.*

Catherine: Tu parles beaucoup de cette ville...

* Les tics nerveux reprennent, amplifiés. *

El'ojade: Oui... Mettons que j'ai pas vécu des moments très joyeux là-bas.

* Elle fait une pause, puis lance un regard à Catherine comme pour lui dire de passer outre. *

Catherine: Bon... Heum. Tu as un rituel avant le coucher ?

* Surprise, El'ojade fronce des sourcils. *

El'ojade: Un rituel... Bah, pas vraiment. Je lis un peu, peut-être

Catherine: Ton livre préféré et pourquoi ce choix ?

El'ojade: Ouf... C'est dur à dire.

* Quelques secondes de réflexion. *

Non, vraiment, c'est très dur, mais je pense que si je nomme Le Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley, un auteur moldu et anglais, et Coeur d'encre de Cornelia Funke, encore une auteure moldue, mais allemande, cette fois, je m'en sortirais plutôt bien.
Le premier, c'est mon père qui me l'a proposé l'année dernière. Il paraît que c'est une lecture "pour adulte"... J'avoue qu'au début, c'était long, mais, après, ça va. En fait, ce qui m'a frappé en lisant ce livre, c'est à quel point ce monde-là ressemble au nôtre, mais différemment. En pire, mais à peine. Enfin... Je vais le relire, c'est clair.

Pis le deuxième, c'est un roman fantastique - je sais pas si ce genre littéraire existe chez les sorciers.

Catherine: Je ne crois pas, non. Puisque nous faisons partie de ce monde...

El'ojade: Hmm. Enfin. En gros, c'est l'histoire d'un père, Mo, et sa fille, Meggie, qui ont le don de faire sortir dans le vrai monde des éléments d'un livre qu'il ou elle lisent à haute voix... mais il y a quelque chose qui y entre en échange. Ça me fait voyager dans plein d'univers littéraires en même temps et c'est une histoire qui tourne autour des livres... Je pouvais juste aimer, haha.

* Maintenant, nous comprenons sa nomination en tant que bibliothécaire de notre belle école.*

Catherine: Tu as un frère, plus jeune. Quelle est ta relation avec lui ? Tu voudrais le voir étudier au château, s’il se révèle être un sorcier ?

*Alors qu'El'ojade essai de comprendre comment la Spinnet a eu cette information, elle se remet à avoir des tics nerveux. *

El'ojade:Il se révèle déjà être sorcier, en fait... Et, disons... Disons que ça se passe pas super-bien. Enfin, il est censé venir à Poudlard l'année prochaine aussi!

* Sa voix témoigne du trouble qui l'envahit alors que cette nouvelle devrait la transporter de joie et, d'un regard, fait encore comprendre à la chroniqueuse qu'elle ne souhaite pas en parler davantage. Cette dernière abdique, non sans une moue intriguée. *

Catherine: Y a-t-il une tradition amérindienne que tu voudrais faire connaître aux Serdaigles ?

* L'Innue retrouve son entrain. *

El'ojade: En fait, déjà, il faut savoir que d'utiliser « amérindien », ça reste dans une idée colonisatrice, parce que ça reprend le faux terme d'« Indiens » que Christophe Colomb a donné à nos peuples, puis qui a été repris pour la Loi sur les Indiens, qui limite pas mal nos territoires, nos droits et tout. Donc, on essaie de s'en distancier le plus possible. Alors, on utilisera plutôt « autochtones » ou « Premières Nations », et ce, au pluriel, car nous, autochtones, sommes des milliers de peuples répartis sur tout le continent américain - pour ne parler que de ce continent. Alors, on ne peut pas parler d'une « tradition autochtone », car il n'y a pas qu'une tradition pour nous tous... Bon, oui, peut-être une, en fait. La « tradition orale ». En fait, avant l'arrivée des colons, nos peuples se transmettaient les savoirs de génération en génération par le biais de contes et légendes racontés à haute voix, en contexte réel, sur la nature. Et ça paraît dans nos langues, qui peuvent parfois être difficiles à retranscrire sorties de leur contexte.

Catherine: Au fait... Tu n'as pas peur de perdre ta langue, ici ?

* El'ojade affiche un air triste. *

El'ojade: Oui... c'est clair. Déjà que je ne connaissais pas très bien l'innu-aimun. Maintenant que je ne suis plus vraiment en contact avec elle, c'est juste pire. Je la parle quand je retourne dans notre réserve à Nutashkuan, mais c'est pas pareil...

Catherine: Tu as été très impliquée dans le mouvement de la Révélation dernièrement... Pourquoi veux-tu que le monde de la sorcellerie se révèle ?

* Une lueur apparaît dans le regard d'El'ojade, qui s'exprime alors avec fougue. *

El'ojade: En fait, mon père m'a toujours dit que l'ignorance crée la peur. Et j'en suis convaincue. Les arguments des Pro-Secret sont essentiellement basés sur celle-ci, sur celle qu'ils ont des Moldus et sur celle qu'ils prétendent que les Moldus ont ou auront...

Et, à vrai dire, je vois un parallèle clair entre le mouvement de la Révélation et le mouvement Idle No More. Les sorciers, en vivant dans un monde séparé de celui des Moldus, finissent dans quelque chose de semblable aux Réserves autochtones. Ces dernières sont des endroits où vivent les autochtones entre eux et où les Blancs ne vont que rarement. On finit donc par créer tout un tas de préjugés sur nous et qui ne sont pas démentis, car les personnes qui créent ces clichés ne nous connaissent pas, au fond.

C'est la même chose pour le Monde magique. Si les Moldus apprennent ce qu'est la magie, ce que sont les sorciers - ce qui nécessite un long processus, entendons-nous -; s'ils finissent par vivre avec nous et constater que nous ne sommes pas dangereux, ils ne pourront plus avoir peur...

L'erreur seraient de nous révéler, mais de continuer à vivre cachés, selon moi. Il faut miser sur les endroits passerelles d'abord, comme la gare de King's Cross ou le Chaudron Baveur.

* Catherine lance un « High five » à la jeune autochtone, approuvant son discours sur le sujet.*

Catherine: Comment préfères-tu ton Fondant du Chaudron? Écrasé ou entier?

* Ne s'attendant pas à cette tangente gastronomique, El'ojade pouffe de rire. *

El'ojade: Entier! Pour laisser exploser la saveur une fois que j'ai croqué dedans!

Catherine: La poutine québécoise ou le stovie, une spécialité écossaise?

El'ojade: La poutine, voyons! Et le pâté chinois... Ça, ça me manque, quand même.

Catherine : J’avoue, ça me manque énormément, moi aussi. Merci beaucoup, El’ojade d’avoir répondue à mes questions.

* El'ojade sourit doucement, puis penche la tête vers la chroniqueuse à la fois en signe de salutation que de remerciement. *

Je voudrais remercier chaleureusement El’ojade d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et d’apporter autant d’informations, qui j'espère, vous aura donné envie de vous pencher sur l'histoire des Autochtones.

 

Rédigé par Catherine et El'ojade. Illustré par Catherine.

Commentaires

1. Le samedi 17 juin 2017, 10:12 par Flyy

Team Cœur d'encre héhé o/ En vrai j'approuve ce choix, ce livre est génial *o*

En tout cas, interview très intéressante et très Serdy, j'aime beaucoup, j'en veux d'autres des comme ça *o*