100 films pour Serdaigle

Paterson (2016)
De Jim Jarmusch, avec Adam Driver et Golshifteh Farahani

La La Land (2017)
De Damien Chazelle, avec Ryan Gosling et Emma Stone


Pour mieux saisir le monde moldu et toute ses facettes étonnantes, il faut s’intéresser de près à la culture. Or, le cinéma est l’art le plus fréquenté en le monde moldu. Deux semaines avant ce jour-ci, je me suis alors rendue pour vous dans cette salle sombre qu’ils appellent « cinéma ». J’arrive devant cette étrange machine à l’écran multicolore, pose mon index aléatoirement sur l’écran, jusqu’à ce qu’un brave monsieur ne vienne me secourir : « Que souhaitez-vous voir ? », me demande-t-il. Et je rétorque aussitôt : « quelque chose qui m’en apprendra un peu plus quant à la vie des moldus. » Il fronce un peu ses gros sourcils noirs et me dit ensuite : « Voyez donc Paterson ! C’est une belle et tout aussi simple histoire ». Sans tergiverser, j’achète mon ticket à quatre pièces moldues, puis m’engouffre dans la salle. Deux heures et six minutes en suivant, je sors, l’âme toute fraîche. Je m’installe sur l’une de ces petites tables disponibles à droite de la salle, et gratte ce parchemin pour vous.

Paterson est l’histoire toute simple d’un chauffeur de bus nommé Paterson, conducteur à Paterson. Ah ? Un monsieur qui n’existe alors que pour son village, qu’en son travail, sa petite vie bien rangée et répétitive qui nous est présentée en une semaine. Comme beaucoup de moldus, Paterson dévie d’un quotidien trop commun par le biais de l’art. Ici, la poésie. Alors, armé de son stylo et de son papier moldu tout blanc, dans son bus moldu tout gris, Paterson écrit quelques vers de poésie. Une poésie d’une simplicité délicate :
 

When you’re a child you learn there are three dimensions
Height, width and depth
Like a shoebox
Then later you hear there’s a fourth dimension
Time
Hmm
Then some say there can be five, six, seven…I knock off work
Have a beer at the bar
I look down at the glass and feel glad


Avec la belle diction d’Adam Driver qui rend les mots plus doux et apaisants encore. Un rythme lent et reposant, propre à l'art de Jim Jarmusch, construit le film ; de petits événements simples mais insoupçonnés surviennent agréablement d’un jour à l’autre : des rencontres, une inspiration. S’émane véritablement de ce long-métrage quelque chose de japonais, de doux, de tranquillisant ; il nous semble respirer un air pur à grande bouffée. Les poèmes utilisés dans le film sont de véritables vers écrits par Carlos William Carlos, où est-ce William Carlos William ? Sympathique poète originaire de Paterson.

Il est une petite réserve quant au personnage qu’interprète Golshifteh Farahani, soit la femme de Paterson. Un être qui m’a semblé tant agité et superficiel que toute la poésie du film en prenait un petit coup. Peut-être fallait-il un creux évident entre ces deux personnages afin de faire ressortir le calme qui détermine tant Paterson ? Je ne suis pas convaincue.

Toutefois, le baume à l’âme est certain. De ce baume, j’en veux encore. Je veux encore du cinéma ! Les moldus sont capables d’une sérénité tant simple que jamais, nous sorciers, pourront atteindre. Paterson m’en a convaincue. À présent, nous savons de quoi est faite la douce vie du moldu. Mais maintenant, il faut se demander de quoi rêve le moldu ? Question tout autant intéressante. Pour répondre à cette interrogation, il fallait choisir le plus fameux des films de ce mois-ci : La La Land, troisième long métrage réalisé par Damien Chazelle.

Bon, à priori, La La Land ne dépeint pas avec précision archéologique la vie quotidienne d’un moldu. À titre personnel, jamais encore je n’ai été témoin d’autant de gaîté dans un embouteillage de charrettes à gaz puant. Pourquoi ces gens sont tant contents, que veux nous dire Damien Chazelle à travers tant de galipettes hautes en couleurs ?

En vérité, il est possible de dépasser l’ennui réitéré de notre quotidien en rêvant simplement. Ne pas rejoindre son rêve n’est pas tant handicapant, du moment que nous sommes pourvus des outils pour fantasmer notre vie. C’est cette puissance rassurante qui nous mènera jusqu’à l’accomplissement de nos objectifs. Oui, le cocon de bien-être est puissant.

C’est ce que les deux personnages ; l’une qui rêve d’être une actrice, l’autre d’ouvrir son bar Jazzy, nous apprennent. Des personnages à l’alchimie tant forte qu’ils nous frappent d’entrée de jeu par la sympathie. Une alchimie qui fonctionne à l’aide d’un décalage nouveau ; un décalage qui nous laisse parfois penser que tout ceci n’est qu’une blague, une énorme parodie de la parodie musicale Hollywoodienne des années 50. Il y a certainement un peu de ça, mais il y a également beaucoup plus. Sinon quoi, le grand succès de La La Land ne serait pas justifié. Sans en dire plus, je vous laisse délicatement découvrir cette pépite du cinéma moldu. ♥

Petit bonus : pour tous les amoureux de ces beaux films : il est un moldu nommé Thierry Frémaux dont le cœur appartient tout entier au cinéma. Son amour, il l’avance dans son tout premier long-métrage qui se voit être un beau documentaire sur les premiers films tournés par les Frères Lumière. Lumière, l’Aventure Commence ! est un très doux documentaire. Nous partageons agréablement les sentiments des premiers acteurs face caméra, qui ne sont autres que des moldus au travail, aux jeux, à la vie. Une belle vie ; celle du 7ème art.
 


Danse Serpentine, de 1896 : pellicule colorisée à la main.

Vous voilà armés de quelques outils pour comprendre l'oeuvre moldue. Il ne vous reste plus qu'à foncer en salle et vous laisser porter par la magie de ces œuvres ! ♥

Rédigé par Hildy et illustré par elle-même

Commentaires

1. Le mardi 21 février 2017, 10:50 par Flyy

Moh, Hildy, j'adore tes arriclds *_* Sérieux, on se demande parfois pourquoi tu n'as pas ouvert ton club avant :')

2. Le samedi 25 février 2017, 22:01 par Angele

Ca donne envie de les voir, ces films ! Merci Hildy !