Blanche neige, un conte pas si trognon


Si l'on mentionne Disney, on est obligé de mentionner Blanche-Neige. Premier long-métrage du moldu Walt Disney, il a tous les ingrédients pour plaire: une méchante charismatique, une héroïne qui chante bien, un décor bucolique à souhait. Si les jeunes moldus (surtout les moldues) connaissent le dessin-animé, ils ne connaissent pas forcément le conte: en effet, la version des Frères Grimm est bien moins chantante que la version animée.

Le dessin-animé commence alors que Blanche-Neige est une jeune fille; le conte commence avec les parents de la princesse. La reine se désole de ne pas avoir d'enfants; elle se pique le doigt un jour d'hiver sur le cadre d'ébène d'une fenêtre. Elle s'exclame alors: "Si j'avais un enfant, au teint blanc comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme le bois d’ébène !" Notons que cet ordre est assez heureux; parce qu'un enfant qui a le teint rouge comme le sang, les lèvres noires comme l'ébène et les cheveux blancs comme la neige, soit il n'est pas humain, soit il est très malade. La reine meurt peu après en couche après avoir donné naissance à une fille. Le père se marie en seconde noces avec une femme très belle mais très méchante.

Tout continue à peu près pareil que dans le dessin animé: dans le château, la jeune princesse vit avec sa belle-mère depuis que son père, le roi, est mort. La reine, jalouse de la beauté de la jeune fille, cherche à la tuer pour pouvoir être la plus belle d'entre toutes. On se demande bien pourquoi elle n'a pas utilisé sa magie pour ça, puisque c'est une sorcière; de plus, les industries de potions ont beaucoup innové en cosmétiques. Mais passons. La belle-mère envoie donc Blanche-Neige dans la forêt avec un chasseur comme chaperon pour qu'il lui découpe le coeur et ramène le morceau de viande à la reine. Mais le chasseur est pris de pitié pour la princesse. Je vous le déconseille fortement comme boucher, il pourrait vite avoir pitié des cochons, et vous pourriez dire adieu à la saucisse et au pâté. Mais je m'égare. 

Je disais donc, pris de pitié pour la princesse, le chasseur l'exhote à fuir: il lui révèle que c'est sa belle-mère qui a tout manigancé. C'est une véritable surprise, surtout en sachant que depuis la mort du roi la nouvelle reine maltraite sa belle-fille psychologiquement en lui refilant des tâches ingrates, et en lui interdisant de jouir de ses droits de princesse. Cette petite est peut-être la plus belle, mais ce n'est sûrement pas la plus futée. Peut-être a-t-elle hérité de sa mère ? En tout cas, elle trouve refuge chez sept nains (que font-ils tous là, je vous le demande; la crise aurait-elle déjà frappé sans qu'on ne le sache ?) qui acceptent de l'héberger en échange de tâches ménagères. C'est sexiste, c'est honteux, mais ça ne change pas trop à la Blanche qui, de toute façon, devait se farcir ça au château.

Mais bien sûr, la belle-mère la retrouve grâce à son miroir magique. Hé oui, il ne faut pas chercher à fuir une sorcière aussi expérimentée. Les sorciers qui travaillent dans la culture moldue se demandent tout de même encore quel sort elle aurait pu utiliser: soit elle a piégé quelqu'un dans le miroir (ce qui paraît impossible), soit elle a fait parler le miroir (mais alors comment pouvait-il retrouver Blanche-Neige, s'il n'avait pas de volonté propre?). 

Voyant que Blanche-Neige n'est pas morte, la Reine l'a mauvaise et décide de se changer en paysanne pour lui donner une pomme à croquer, après deux autres tentatives de tuer la princesse. Dans le dessin-animé, elle se transforme en vieille dame; cette scène est d'ailleurs inspirée de la pièce de théâtre moldue Macbeth de Shakespeare. La princesse ne se doute de rien, mange la pomme et surprise ! s'étouffe. Deux options s'offrent à nous à ce stade du conte:

- Soit Blanche-Neige est vraiment trop idiote pour s'étouffer avec un bout de pomme;

- Soit elle a trop avalé de grains: les grains de pomme contiennent une petite quantité de cyanure. Cependant, cette hypothèse est peu vraisemblable: à moins d'avoir avalé un camion de grains de pommes, Blanche-Neige n'aurait pu en mourir.

Elle s'étouffe donc, et les nains, tristes de ne plus avoir de boniche à la maison, rendent hommage à sa beauté en la mettant dans un cercueil de verre.
Notons que, dans le dessin animé, la pomme était empoisonnée par les soins de la reine. Pour la réveiller, le prince aurait pu lui enfoncer un bézoard dans la gorge, mais il préfère l'embrasser. En quoi ça l'aide, je ne sais pas ; car d'un point de vue logique, un baiser ne soigne pas du poison. A moins qu'il ne se soit trempé les lèvres dans un antidote ?

La fin diffère ensuite aussi selon le conte et le dessin-animé. Le dessin-animé nous montre Blanche-Neige réveillée par le baiser de son prince, comme expliqué plus haut.

La version du conte, bien moins romantique, est cependant plus logique. Le prince voit Blanche-Neige dans son cercueil et, pris d'une nécrophilie soudaine, décide de l'emmener chez lui. Il la trouve tellement belle qu'il la verrait bien en décoration à côté de l'armoire de l'entrée. Les serviteurs portent donc le cercueil, mais l'un d'eux s'entrave et le cercueil tombe en avant, ce qui fait recracher le morceau de pomme à Blanche-Neige. Elle se réveille donc, sans éclats de verre parce que ça ferait tache, épouse le prince, et ils finissent heureux.

Quant à la Reine, si le dessin-animé la montre écrasée par un rocher puis implicitement dévorée par des vautours, le conte est plus cruel envers elle. Elle est condamnée à porter des chaussures rouges qui la feront danser pour l'éternité, l'épuisant sans lui accorder de repos. 
Si l'on étudie cette punition d'un point de vue purement sorcier, nous pouvons supposer qu'il s'agit ici de la première mention du sortilège de Tarentallegra chez les moldus. Je rappelle que ce sortilège, aussi appelé "Sortilège de Danse Endiablée", oblige celui qui y est soumis à danser frénétiquement
Celui-ci devait être particulièrement puissant, pour que la reine se voit obligée de danser pour l'éternité.
Un mystère demeure cependant: qui donc a bien pu punir la reine, qui était la seule sorcière aux environs ? L'hypothèse la plus probable est qu'elle a dû elle-même les ensorceler, dans le but de les donner à sa belle-fille. Mais le suspense reste entier...


Ainsi, avec son côté glamour, sa reine narcissique, sa princesse niaise, son chasseur incapable et son prince nécrophile, Blanche-Neige est un conte pour toute la famille, moldue ou sorcière !

Article rédigé par Cassandra Crawley, illustré par Celty Roze

Commentaires

1. Le jeudi 4 décembre 2014, 11:10 par Angele

Quand même, la version originale est assez tordue pour la fin... je préfère la version Disney ! Moins logique, mais tellement plus romantique (a)
Bravo pour cet article, j'ai beaucoup aimé ! (et j'ai appris des choses \o)

2. Le vendredi 5 décembre 2014, 17:42 par Cameron O'Brien

Je dis oui au jeu de mots dans le titre ! *-*
J'avais entendu parler de la version du conte original dans un épisode d'Esprits Criminels, mais ça n'empêche pas que je ne verrai plus jamais Blanche-Neige de la même manière.
J'ai bien aimé tes hypothèses et commentaires, certains m'ont faire rire. :3